Le 17 octobre 2026 tombe un samedi. C’est le premier jour des vacances de la Toussaint pour les trois zones, et la première minute d’un préavis de grève de cinq jours déposé par les pilotes, les hôtesses et les stewards. La coïncidence n’en est pas une. Un avion cloué au sol un mardi de novembre ne fait pas la une. Le samedi des départs, il remplit les halls, les journaux télévisés et les services de réclamation, avec 250 à 600 euros d’indemnité par passager à la charge de la compagnie. Les syndicats visent le gouvernement, et c’est sur les familles en partance pour l’Algarve qu’ils comptent pour se faire entendre.

Le décor se complète d’un kérosène qui a plus que doublé depuis fin février, d’une taxe de solidarité presque triplée en 2025, d’une Volotea qui rabote son programme français et d’une Ryanair qui retire deux millions de passagers de ses prévisions d’hiver. De quoi nourrir une conviction répandue sur les forums : l’avion n’a jamais coûté aussi cher. Les chiffres racontent autre chose. Et ce qu’ils racontent sert davantage au moment d’acheter.

Toussaint 2026 : une flambée qui a une adresse

Chaque mois, la DGAC relève les prix d’un échantillon fixe d’itinéraires au départ de la France et en tire un indice. Celui d’août 2026 progresse de 2,9 % sur un an. Sur les vols intérieurs, il recule de 3,7 %. Un Paris-Toulouse coûte un peu moins cher qu’en 2025.

La hausse existe pourtant, et elle se concentre loin. Elle atteint +7,8 % vers l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, +7,2 % vers l’Europe hors Union, +8,2 % vers l’Amérique du Nord et +8,8 % vers l’Afrique subsaharienne. Dans l’Union, elle plafonne à 1,7 %. La famille qui vise Marrakech n’a pas la berlue. Celle qui vise Rome, un peu.

D’où vient alors cette sensation d’étranglement devant le comparateur ? L’indice compare une année à l’autre, alors que le voyageur compare un mardi de novembre et un samedi de vacances. Les logiciels de tarification ouvrent d’abord les classes de prix les plus basses, puis les ferment à mesure que l’avion se remplit. Sur un vol du 17 octobre, les premières tranches sont parties depuis l’été. On paie la date, bien plus que le baril.

Le kérosène, une addition à retardement

Les compagnies aériennes connaissent la chanson. Elles l’ont entendue à l’été 2008, quand le baril frôlait les 150 dollars, puis au printemps 2022, après l’invasion de l’Ukraine. Le couplet de 2026 a commencé le 28 février avec le conflit iranien et le blocage du détroit d’Ormuz, par où transite près d’un quart des exportations mondiales de kérosène (Ulysse). Le 3 septembre, la tonne livrée en Europe du Nord-Ouest valait 1 476 dollars, selon La Tribune, quand elle s’échangeait entre 750 et 830 dollars avant la crise.

Si cette envolée se lit encore peu sur les billets européens, c’est que les transporteurs ne brûlent pas le carburant qu’ils achètent aujourd’hui. Ils consomment celui qu’ils ont payé des mois plus tôt, par contrats de couverture. Ryanair a bloqué la plus grande partie de ses besoins jusqu’en mars 2027 à environ 67 dollars le baril (AFP, via Le Soir). Elle vole avec un pétrole d’avant-guerre, ce qui ne l’empêche pas d’alléger son hiver par prudence. Air France-KLM, moins bien couverte, a vu sa facture de carburant grimper de 800 millions d’euros au deuxième trimestre et son bénéfice net tomber à 190 millions, contre 649 millions un an plus tôt (Selectra, d’après Air Journal).

La facture est donc différée. Elle tombera au printemps, à l’échéance des couvertures. Ryanair prévient déjà que ses tarifs court-courriers « augmenteraient sensiblement » si le pétrole restait cher jusqu’à l’été 2027. La Toussaint 2026 se glisse dans ce sas, entre deux régimes de prix.

Taxe, surcharge et prix flottant

Au tarif de base s’ajoutent des couches successives. La DGAC compte la hausse de la taxe de solidarité sur les billets d’avion, entrée en vigueur le 1er mars 2025, parmi les facteurs qui ont poussé les prix vers le haut. Air France-KLM facture depuis le 11 mars 2026 des surcharges d’environ 50 euros sur un aller-retour moyen-courrier en économique, et jusqu’à 100 euros sur le long-courrier.

Volotea est allée plus loin. Depuis la mi-mars, sa « Fair Travel Promise » lui permet de recalculer le prix d’un billet déjà payé, sept jours avant le départ, selon le cours du Brent : jusqu’à 14 euros de plus par passager et par vol, ou autant de moins si le baril recule (Econostrum). L’article 23 du règlement 1008/2008 impose pourtant d’afficher le prix final dès la réservation. Des actions sont engagées en Espagne et en Italie, sans décision définitive à ma connaissance. Le passager qui conteste ce supplément a intérêt à conserver la capture d’écran du prix affiché lors de l’achat.

Toussaint 2026 : l’hiver des compagnies commence le 25 octobre

Les compagnies ne suivent pas le calendrier scolaire. Leur hiver commence le dernier dimanche d’octobre, le 25 cette année, et les retours de vacances tombent dans des grilles déjà amaigries.

À Lille-Lesquin, où Volotea est la première compagnie, environ 700 vols disparaissent entre octobre et le printemps 2027. Près de 100 000 passagers sont concernés. À Bordeaux, l’offre de la compagnie au quatrième trimestre fond de 35 %. Brest et Rodez passent en « hibernation », un mot qu’on réservait jusqu’ici aux marmottes (Ulysse). À Nantes, Fram signale des annulations entre le 29 septembre et le 28 octobre vers la Grèce, la Croatie, la Corse, les Baléares et Malaga (Fram). Le tout pendant que la compagnie négocie avec ses créanciers devant un tribunal de Barcelone (Air Journal).

La Voix du Nord a lancé un appel sur ses réseaux sociaux et reçu plus de 400 messages en quelques heures (La Voix du Nord). Des anniversaires de mariage, des vacances en famille, « un premier long week-end de repos depuis longtemps ». Une voyageuse qui devait rentrer de Copenhague à Nantes le 9 octobre s’est vu suggérer un détour par Strasbourg, une nuit d’hôtel et un train pour finir. Copenhague-Nantes via l’Alsace : la géographie low cost a ses raisons que la carte ignore.

Je ne jouerai pas les Cassandre sur l’avenir de Volotea, puisqu’une procédure préventive sert justement à éviter le pire. Mais avec un billet de cette compagnie pour la Toussaint, je consulterais ma réservation chaque semaine plutôt que d’attendre le courriel. Sur un Lille-Marseille, le TGV n’a pas de programme d’hiver.

Grève du 17 au 21 octobre : où en est-on au 5 octobre

Le SNPL, l’UNSA PNC, le SNPNC-FO, le SNGAF et l’UNAC appellent les navigants des compagnies de droit français à cesser le travail du samedi 17 octobre, 0 h 01, au mercredi 21, 23 h 59 (préavis de l’UNSA PNC). Le slogan tient sur une banderole : « Touche pas à ma retraite, touche pas à ma caisse de retraite ». Le fond est plus aride. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 durcit le cumul emploi-retraite à partir du 1er janvier 2027. Les navigants, soumis à des contrôles médicaux stricts et à un âge limite fixé par la loi, refusent d’être alignés sur le régime général. Ils défendent aussi leur caisse complémentaire, la CRPN, épinglée par la Cour des comptes en décembre 2025 (Le Figaro). Le gouvernement propose une exemption partielle par circulaire. L’intersyndicale exige une exclusion écrite dans les textes (L’Écho touristique).

Au 5 octobre, je n’ai trouvé aucune annonce de levée du préavis. L’ampleur du mouvement se dessinera tard. La loi du 19 mars 2012 oblige chaque gréviste à se déclarer 48 heures à l’avance, et la compagnie à informer ses passagers au plus tard 24 heures avant la perturbation. Les premières annonces devraient tomber les 15 et 16 octobre.

Un conseil, à rebours du réflexe : n’annulez pas vous-même par précaution. Le passager qui renonce perd ses droits européens, celui dont le vol est annulé les garde tous. Une modification gratuite proposée par la compagnie mérite d’être acceptée si les nouvelles dates conviennent.

Vol annulé à la Toussaint 2026 : ce que dit le droit

Tableau des départs d'un aéroport régional affichant plusieurs vols annulés pendant la Toussaint 2026
Remboursement, réacheminement, assistance et indemnité : quatre droits distincts, à réclamer séparément.

Le texte de référence est le règlement européen 261/2004. Il s’applique à tout vol au départ de l’Union, quelle que soit la compagnie, et aux vols vers l’Union opérés par un transporteur européen. Un Montréal-Paris d’Air Canada n’est pas couvert. Le même trajet sur Air France l’est.

Remboursement ou réacheminement : le passager décide

Lorsque son vol est annulé, c’est le passager qui choisit, et non la compagnie (article 8). Il peut obtenir le remboursement de son billet sous sept jours, un réacheminement vers sa destination « dans les meilleurs délais », ou un réacheminement à une date ultérieure « à sa convenance », sous réserve de places disponibles. Le remboursement se fait en argent. Un avoir ne peut lui être imposé sans son accord signé.

Pendant l’attente, la compagnie doit nourrir le passager et, si l’attente impose une nuit sur place, le loger et l’y conduire (article 9). Cette obligation demeure même lorsque le transporteur invoque une circonstance extraordinaire (Service-public).

250, 400 ou 600 euros : à quelles conditions

L’indemnité forfaitaire de l’article 7 dépend de la distance. Elle s’élève à 250 euros jusqu’à 1 500 km (un Paris-Nice), à 400 euros entre 1 500 et 3 500 km (un Paris-Athènes ou un Paris-Marrakech) et à 600 euros au-delà (un Paris-Montréal). Elle peut être réduite de moitié si le vol de remplacement limite le retard à l’arrivée.

Par contre, elle n’est pas due lorsque la compagnie a prévenu le passager au moins quatorze jours avant le départ. C’est le cas de la plupart des clients de Volotea avertis début octobre pour un vol de fin de mois. Ils disposent d’une voie moins connue. L’article 12 leur permet de demander au juge la réparation de leur préjudice réel, par exemple le surcoût d’un billet racheté en urgence sur une autre compagnie, facture à l’appui.

Grève des navigants : la compagnie peut-elle s’exonérer ?

La Cour de justice de l’Union européenne a répondu le 23 mars 2021 (arrêt Airhelp contre SAS, C-28/20). Une grève du personnel de la compagnie, déclenchée à l’appel de syndicats, ne constitue pas une circonstance extraordinaire. Un vol annulé entre le 17 et le 21 octobre, forcément prévenu moins de quatorze jours avant, ouvre donc en principe droit à l’indemnité.

Les compagnies plaideront sans doute une nuance. Dans l’affaire SAS, les pilotes réclamaient des hausses de salaire à leur employeur. Cette fois, les navigants contestent une réforme de l’État, que leur employeur ne peut pas satisfaire. L’argument me paraît fragile, car la Cour s’attache d’abord au fait que la grève vient du personnel de l’entreprise. Mais aucune décision, à ma connaissance, ne règle ce cas précis. Une grève des contrôleurs aériens, extérieure à la compagnie, relèverait quant à elle des circonstances extraordinaires.

Réclamer en 2026 : la médiation passe avant le juge

Depuis le 7 février 2026, un décret du 5 août 2025 a réorganisé le contentieux. Le passager écrit d’abord à la compagnie. Il indique son choix entre remboursement et réacheminement, réclame l’indemnité et joint réservation, avis d’annulation et factures. Si elle refuse ou se tait pendant deux mois, il saisit le Médiateur Tourisme et Voyage dans l’année qui suit sa réclamation écrite. Cette étape est désormais obligatoire : sans elle, l’action en justice risque d’être déclarée irrecevable. Le tribunal ne vient qu’ensuite, saisi par assignation, et une seule assignation peut regrouper les membres d’une même famille.

En France, le passager dispose encore de cinq ans pour agir (Ouest-France). Ce délai va fondre. Le nouveau règlement européen, voté par le Parlement le 7 juillet 2026 par 646 voix contre 12 puis approuvé par le Conseil le 13 juillet, le ramène à neuf mois et laisse trente jours aux compagnies pour payer ou motiver un refus. Il s’appliquera vers la mi-2027 (Euronews). Le BEUC, qui fédère les associations européennes de consommateurs, évalue à 3,2 milliards d’euros les indemnités jamais réclamées. Il me semble qu’une bonne part de cette somme dort dans des boîtes mail, faute d’une lettre de dix lignes.

Avant le 17 octobre, quelques précautions

Passager préparant une réclamation d'indemnisation pour un vol annulé de la Toussaint 2026 avec carte d'embarquement et ordinateur
Une capture d’écran du prix payé et de l’heure de l’avis d’annulation pèse plus lourd qu’un long courrier.

Une capture d’écran de la réservation et du prix payé ne coûte rien et répond d’avance à tout supplément tardif. Pour un trajet intérieur entre le 17 et le 21 octobre, je repérerais une solution en train sans l’acheter tant que la compagnie n’a rien annulé : la payer avant, c’est risquer de régler deux fois le même trajet. Les 15 et 16 octobre, je surveillerais messagerie et application. Et je garderais chaque ticket de repas, de taxi ou d’hôtel, car ces frais se réclament en plus de l’indemnité.

Ceux qui pensent déjà aux vacances de février ou de Pâques auraient intérêt à réserver plus tôt qu’à l’accoutumée. Le carburant d’avant-guerre qui remplit encore les réservoirs de Ryanair n’est pas éternel. Son contrat expire en mars.