Et si vous pouviez visiter un pays avant qu’il ne cesse d’exister ? Ce n’est pas le scénario d’un film de science-fiction. C’est la réalité de Kiribati, un archipel de 33 atolls coralliens éparpillés au beau milieu de l’océan Pacifique, à cheval sur l’équateur et la ligne de changement de date. Ici, la terre culmine à peine à deux ou trois mètres au-dessus des vagues. Et chaque année, l’océan grignote un peu plus ce territoire fragile. Pourtant, Kiribati n’est pas seulement un symbole du dérèglement climatique. C’est aussi une destination de voyage brute, authentique et profondément marquante pour ceux qui osent s’y aventurer.
Kiribati, un archipel suspendu entre ciel et océan
33 atolls coralliens à cheval sur l’équateur
Kiribati — prononcez « Kiri-bass » — est un État insulaire de Micronésie composé de 33 atolls et îles répartis en trois groupes : les îles Gilbert, les îles Phoenix et les îles de la Ligne. L’ensemble s’étire sur 3,5 millions de kilomètres carrés d’océan, soit une superficie marine comparable à celle de l’Inde. Mais la terre émergée, elle, ne représente que 811 km². Ici, l’eau est partout et la terre est un privilège.
La capitale, Tarawa, concentre la moitié des quelque 120 000 habitants du pays sur un ruban de terre si étroit que l’on voit parfois le lagon d’un côté et l’océan de l’autre en tournant simplement la tête. Plus à l’est, Kiritimati (autrefois appelée Christmas Island) est le plus grand atoll corallien du monde par sa superficie terrestre. C’est aussi le premier endroit de la planète à célébrer chaque Nouvel An, grâce au fuseau horaire UTC+14.
Un État insulaire en première ligne du changement climatique
Depuis les années 1990, Kiribati est devenu le visage mondial du changement climatique. Son altitude moyenne quasi nulle en fait l’un des pays les plus vulnérables à l’élévation du niveau de la mer. Selon les données du GIEC relayées par Géoconfluences, le niveau marin dans cette zone a augmenté de +2,5 mm par an en moyenne entre 1950 et 2010. Et la tendance s’accélère.
En 1999, le gouvernement a annoncé que deux atolls inhabitées avaient déjà disparu sous les flots. Kiribati pourrait devenir le premier pays de l’histoire à être entièrement englouti par l’océan. Cette perspective, aussi terrifiante soit-elle, confère au voyage à Kiribati une dimension unique : celle de témoigner d’un monde en sursis.
Pourquoi Kiribati risque de disparaître d’ici 2100

Montée des eaux, érosion et salinisation
Le réchauffement climatique provoque la fonte des glaciers et la dilatation thermique des océans. Conséquence directe : la montée des eaux menace les côtes basses du monde entier. Mais à Kiribati, cette menace est existentielle. Lorsque votre point culminant ne dépasse pas trois mètres, chaque millimètre compte.
Les effets sont déjà visibles et concrets :
- L’érosion côtière ronge les plages et fait reculer les habitations, forçant des familles entières à se déplacer vers l’intérieur des atolls — quand il reste un intérieur.
- La salinisation des sols contamine les nappes phréatiques et rend les cultures vivrières de plus en plus difficiles, notamment celle du taro, un pilier de l’alimentation locale.
- Les inondations liées aux marées de tempête submergent régulièrement les infrastructures, les cimetières et les jardins potagers côtiers.
- L’acidification de l’océan, causée par l’excès de gaz à effet de serre, fragilise les récifs coralliens qui protègent naturellement les atolls de la houle.
Comme le résume Le Monde, Kiribati est à la fois un enfer et un paradis. Un pays où la beauté des lagons turquoise côtoie l’angoisse d’une submersion annoncée.
La « migration avec dignité » d’Anote Tong
Face à ce péril, l’ancien président Anote Tong a lancé dès 2014 une politique visionnaire et poignante : la « migration avec dignité ». L’idée ? Préparer le peuple I-Kiribati à quitter ses terres, non pas dans la panique, mais avec des compétences professionnelles reconnues à l’étranger.
Tong a également signé l’achat de 20 km² de terres aux Fidji, à environ 1 600 km de Tarawa, pour offrir un refuge à long terme à sa population. Cette décision, rapportée par un autre article du Monde en 2014, a fait de Kiribati le premier pays au monde à envisager officiellement sa propre relocalisation. Le concept de réfugiés climatiques n’est plus théorique ici. Il se prépare, se planifie et se vit au quotidien.
Que voir et que faire lors d’un voyage à Kiribati
Plongée, snorkeling et la réserve marine UNESCO des îles Phoenix

Malgré son isolement, Kiribati offre des expériences naturelles d’une richesse exceptionnelle. Le joyau absolu ? La Phoenix Islands Protected Area (PIPA), inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2010. Cette réserve marine de 408 250 km² — aussi vaste que la Californie — abrite environ 200 espèces de coraux, 500 espèces de poissons, des requins, des raies manta, des tortues et 18 espèces de mammifères marins.
La plongée sous-marine y est une expérience hors norme, accessible via des croisières-plongée au départ de Tarawa. Pour ceux qui préfèrent rester en surface, le snorkeling dans les lagons peu profonds offre déjà un spectacle éblouissant de biodiversité marine. Le kayak dans le lagon d’Ambo Island complète parfaitement cette immersion aquatique.
Tarawa et les vestiges de la Seconde Guerre mondiale
Tarawa n’est pas qu’une capitale administrative. C’est un lieu de mémoire. En novembre 1943, la bataille de Tarawa opposa férocement les forces américaines et japonaises. Aujourd’hui, des épaves de la Seconde Guerre mondiale — canons, navires, bunkers — jalonnent encore les plages de Betio et les fonds marins environnants, faisant de la plongée sur épaves une activité emblématique du voyage à Kiribati.
Au-delà de l’histoire militaire, Tarawa offre aussi une immersion dans la culture I-Kiribati. Assister à une soirée dans une maneaba, la maison communautaire traditionnelle, permet de découvrir les danses traditionnelles, les chants ancestraux et la chaleur humaine d’un peuple résilient.

Kiritimati, paradis mondial de la pêche à la mouche
Kiritimati attire des passionnés du monde entier pour une raison précise : c’est l’une des meilleures destinations de la planète pour la pêche à la mouche. Le bonefish, poisson rapide et combatif, évolue dans des eaux cristallines à peine profondes de quelques dizaines de centimètres. Même sans être pêcheur, l’île vaut le détour pour ses étendues sauvages, ses colonies d’oiseaux marins et son atmosphère de bout du monde.
| Lieu | Activité phare | Pour qui ? |
|---|---|---|
| Îles Phoenix (PIPA) | Plongée sous-marine, snorkeling | Plongeurs confirmés, amoureux de la nature |
| Tarawa Sud (Betio) | Épaves WWII, culture locale, maneaba | Passionnés d’histoire et de culture |
| Kiritimati | Pêche à la mouche (bonefish), ornithologie | Pêcheurs, aventuriers solitaires |
| North Tarawa | Vie de village, maisons d’hôtes traditionnelles | Voyageurs en quête d’authenticité |
| Lagon d’Ambo Island | Kayak, baignade, détente | Familles, voyageurs contemplatifs |
Guide pratique pour préparer son voyage à Kiribati
Comment s’y rendre et quand partir
Se rendre à Kiribati demande de la patience. Depuis la France, comptez entre 37 et 40 heures de trajet, généralement avec une escale à Nadi (Fidji) via Fiji Airways. L’aéroport de Tarawa (Bonriki) est le seul aéroport international du pays. Pour rejoindre Kiritimati, prévoyez une escale supplémentaire et environ 45 heures de voyage. Les tarifs oscillent entre 1 600 et 6 500 euros selon la saison et l’anticipation de la réservation.
La meilleure période pour visiter Kiribati s’étend d’avril à octobre, pendant la saison sèche. Les températures tournent autour de 28 °C, l’humidité est supportable et les pluies restent rares. De décembre à mars, la saison humide apporte des averses intenses et un risque accru de tempêtes tropicales.
Hébergement, budget et formalités
L’offre d’hébergement à Kiribati reste modeste. À Tarawa, l’hôtel Otintaai (propriété gouvernementale) et le Mary’s Motel constituent les deux options principales. Sur les îles extérieures, des maisons d’hôtes communautaires proposent des séjours à environ 30 dollars australiens par nuit, repas inclus. Les conditions sont simples, mais l’hospitalité est immense.
Côté formalités, les voyageurs français bénéficient d’une entrée sans visa pour tout séjour touristique de moins de 28 jours. Un passeport valide six mois après l’entrée, un billet retour et une preuve d’hébergement suffisent. La monnaie locale est le dollar australien. Attention : les cartes bancaires sont rarement acceptées en dehors des deux hôtels de Tarawa. Emportez du liquide.
Voici les indispensables à ne pas oublier :
- Une assurance évacuation médicale : les infrastructures de santé sont très limitées et certaines îles ne disposent même pas de piste d’atterrissage.
- De la crème solaire et du répulsif anti-moustiques : introuvables sur place, ils sont pourtant essentiels sous ces latitudes.
- De l’eau en bouteille ou un filtre : l’eau du robinet n’est pas potable sur la plupart des atolls.
Goûter à Kiribati : cuisine locale et traditions vivantes

La gastronomie de Kiribati est à l’image de l’archipel : simple, généreuse et nourrie par l’océan. Le palusami, considéré comme le plat national, mélange des feuilles de taro farcies au lait de coco et cuites dans un four de terre traditionnel. Le poisson frais, souvent servi en sashimi local, arrive directement de la mer dans l’assiette. Le manioc, la patate douce et les produits du cocotier complètent cette alimentation ancrée dans le terroir.
Côté boissons, le toddy règne en maître. Cette sève sucrée extraite des cocotiers se boit fraîche, ou fermentée en version alcoolisée. Les plus curieux goûteront le kamaimai, un sirop de toddy épais et parfumé qu’on verse sur du pain ou de la glace.
Mais au-delà de la cuisine, c’est toute la culture I-Kiribati qui mérite qu’on s’y attarde. La langue gilbertine chante à chaque phrase. L’artisanat local, notamment le tissage de fibres de pandanus et la confection des tibuta (tuniques colorées), témoigne d’un savoir-faire transmis de mère en fille. Et dans chaque maneaba de village, les traditions ancestrales continuent de rythmer la vie communautaire, comme elles le font depuis plus de 2 000 ans.
Voyager à Kiribati, c’est toucher du doigt la fragilité du monde et la force d’un peuple qui refuse de disparaître en silence. C’est rapporter dans ses bagages non pas des souvenirs de carte postale, mais une conscience renouvelée de ce que signifie habiter la Terre. Peu de destinations au monde offrent cela. Et celle-ci pourrait ne plus exister d’ici la fin du siècle.
FAQ — Tout savoir avant de voyager à Kiribati
Kiribati va-t-elle vraiment disparaître sous les eaux ?
Faut-il un visa pour voyager à Kiribati ?
Quelle est la meilleure période pour visiter Kiribati ?
Comment se rendre à Kiribati depuis la France ?
Kiribati est-elle une destination sûre ?






