Il y a des pays qui accueillent des Jeux, comme on accueille une délégation. L’Italie, elle, les accueille comme on ouvre une maison aux pièces multiples : une salle de concert, un atelier de design, une place romaine, une vallée où l’air coupe la voix. En 2026, la magie ne tient pas seulement au sport, mais aussi à la manière dont chaque discipline révèle un territoire.
La fenêtre est courte, du 6 au 22 février 2026, mais elle suffit à transformer une géographie en récit. Le téléspectateur passe d’une patinoire à une piste, d’une cérémonie à un col, et finit par comprendre que l’hiver italien n’est pas un décor uniforme. C’est un pays de contrastes, où l’élégance et la rudesse peuvent cohabiter à quelques heures de train.
Milan, ou l’hiver en version métropole
Milan joue un rôle particulier : elle n’imite pas la station, elle assume la ville. Ici, la culture n’est pas un « bonus » collé au sport ; elle fait partie de la mise en scène. Le public traverse des quartiers où l’architecture raconte des décennies, et les journées d’épreuves se prolongent naturellement en soirées de théâtre, de musique, de musées et de cuisine.
Cette dimension urbaine confère une saveur singulière aux sports de glace : l’effort s’y déroule au cœur d’un territoire qui vit à l’année. Les Jeux deviennent un prétexte pour regarder autrement une ville déjà mondiale, mais soudain reliée à la neige, comme si la métropole rappelait qu’elle aussi possède un hiver.
San Siro, un rituel moderne pour l’ouverture
L’ouverture au San Siro n’est pas un détail logistique : c’est un geste culturel. On ne choisit pas un stade aussi emblématique pour un simple spectacle ; on le choisit pour dire que le sport, en Italie, est une affaire de lieux et de mémoire. La cérémonie s’inscrit dans une tradition où l’on célèbre autant les athlètes que le théâtre qui les entoure.
Le résultat, pour le public, est immédiat : on se souvient de l’instant, parce qu’on se souvient du lieu. Et ce souvenir, paradoxalement, rend le reste plus lisible. Une fois que l’on a vu la ville devenir scène, on accepte mieux l’idée que les Jeux se déroulent sur l’archipel.
Cortina, la montagne comme patrimoine vivant
Cortina d’Ampezzo ne se contente pas d’accueillir des compétitions : elle offre une manière d’habiter l’altitude. Les Dolomites, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, donnent aux images une densité particulière : la roche n’y est pas seulement belle, elle semble racontée par la lumière. Le sport, ici, est un dialogue avec le relief, une conversation qui ne tolère pas les phrases trop longues.
Cortina adopte aussi une culture de l’accueil qui n’est pas la même qu’en ville. La journée commence tôt, finit tôt et laisse place à une sociabilité d’après-piste, faite de chaleur, de bois et de récits répétés. Les Jeux profitent de cette identité : ils ne l’inventent pas, ils la rendent visible.
Des vallées qui prennent la parole
L’un des effets les plus réussis de Milano Cortina 2026, c’est de mettre en lumière des régions parfois connues des initiés, mais moins des grands publics. En Valtellina, l’altitude et l’endurance se lisent dans le paysage : une vallée longue, une neige plus sèche, des stations où la performance se gagne en répétant les mêmes gestes. À quelques centaines de kilomètres, l’Anterselva Biathlon Arena offre des tribunes impressionnantes, au point d’être présentée comme l’un des sites parmi les plus grands en termes de capacité lors de ces Jeux.
Plus au sud-est, le Val di Fiemme est une autre Italie : une Italie du fond de la vallée et des forêts, où le ski nordique a une mémoire accumulée. Tesero accueille le ski de fond et les épreuves du combiné nordique, tandis que Predazzo porte le saut, comme si chaque village avait reçu un rôle précis dans une partition.
Une autre façon de voyager dans les épreuves
Les Jeux d’hiver sont une école du détail : une trajectoire trop ronde, un tir trop pressé, une transition mal négociée et l’histoire change. Beaucoup de fans suivent désormais ce détail avec un second écran, non pas pour se distraire, mais pour vérifier ce qu’ils croient voir. Dans cette logique, le paris sportif devient une manière de formuler un scénario clair, puis de le confronter à la course réelle.
L’usage le plus intéressant reste celui qui respecte le sport : partir d’un indice observable, rester fidèle aux règles de la discipline et ne pas confondre la vitesse d’action et la précipitation. Quand ce cadre existe, le pari ressemble à une grammaire : il oblige à nommer ce qui fait gagner, et donc à mieux regarder.
Vérone, l’amphithéâtre qui ferme le livre
La clôture de la Verona Olympic Arena, c’est l’Italie qui se souvient qu’elle sait célébrer dans la pierre. L’Arena de Vérone, avec son héritage romain, transforme une cérémonie en une image presque intemporelle : des athlètes du XXIe siècle dans un lieu qui a traversé des siècles. Ce choix relie le sport à un imaginaire très italien, où l’art et l’événement public se partagent la même place.
Ce site abrite aussi un passage de relais : il est annoncé comme lieu de la clôture olympique et de l’ouverture paralympique. Dans un pays où la scène compte, l’idée est forte : terminer n’est pas fermer, c’est ouvrir une autre page.
Ce que l’Italie gagne au-delà des médailles
L’héritage d’un événement de cette taille se décline rarement sur un seul chantier. Il se joue sur une confiance : celle de voyager, de rester, de revenir. Les Jeux mettent des noms sur des vallées, des gares sur des cartes, des images sur des régions. Ils poussent un public international à distinguer la Lombardie, la Vénétie, le Trentin-Haut-Adige et à comprendre que l’Italie du nord n’est pas une seule silhouette.
Dans quelques années, beaucoup oublieront les classements exacts. Mais ils se souviendront d’une piste dans les Dolomites, d’une nuit à Milan, d’une cérémonie dans une arène antique. Et c’est ainsi, souvent, que la culture se transmet : par la mémoire d’un instant sportif qui a eu la politesse de montrer un pays.






